jeudi 23 juillet 2015

14 juillet



Bleu : un dista.
Blanc : de la neige, beaucoup.
Rouge : un rang de 15 VTN avec autant d'hivernants à l'intérieur.



Le 14 juillet à DDU, c'est d'abord exhumer à tâtons un mât sous le mètre de neige qui est tombé la veille.
S'ensuit la cérémonie avec lever du drapeau puis discours de circonstance. Apéritif au chaud dans le séjour, Django et Grappelli nous jouent la Marseillaise. Hélas, pas de VAT artificier cette année non plus pour illuminer le ciel DDUien, dommage.




Le drapeau, probablement las de flotter sans plus personne pour l'admirer, profita le lendemain du catabatique de 9 heures 10 pour s'envoler vers d'autres horizons.

Bonus : Quelques motivés avaient réussi à construire, au prix de plusieurs jours d'efforts considérables,  un gigantesque igloo entre Géophy et la Météo... qui a résisté quelques jours. La vorace congère de derrière, alimentée par les catabatiques, aura rapidement eu raison de l'ouvrage qui a entièrement été englouti.

mercredi 22 juillet 2015

Le Syndrome

Ohé ! Je fête mon grand retour sur Internet après une trèèès longue pose, avec pour l'occasion un article on ne peut plus dans le thème car je vais vous parler du plus grand ennemi de l'hivernant, si terrible que la simple évocation de son nom provoque émois, sueurs froides et tremblements parmi la population : l'effroyable Syndrome Mental d'Hivernage ... brrr ! 



Voyez-vous, j'ai bien peur que la cause de ma longue absence (vous aurez peut-être constaté que d'autres blogs ont aussi été touchés, non non, je ne donnerai pas de nom, n'insistez pas) ne soit autre que la raison sus-citée.
Symptômes du Syndrome d'hivernage :
Le Syndrome est régulièrement sujet à discussions et plaisanteries ici à DDU. Tout comportement sert de prétexte pour signaler à untel qu'il est syndromé, ce à quoi il est d'usage de répondre "Mais non, pas du tout" : preuve irréfutable qu'il l'est bel et bien (car le syndromé est obligatoirement dans le déni). En vrac, pour vous montrer que c'est du sérieux voici quelques symptômes piochés dans la thèse "Enjeux Psychologiques du retour des missions isolées : le cas des hivernants polaires français" d'Amaury Solignac (2010) (je crois personnellement avoir développé l'hypersomnie depuis quelques années)
  • irritabilité
  • hostilité
  • troubles du sommeil
  • difficultés de concentration et mémorisation
  • distractivité
  • indifférence
  • vulnérabilité affective
  • états hypnotiques
  • léthargie
  • troubles digestifs
  • hypersomnie
  • paranoïa
  • rumination mentales obsédantes
Mais surtout (houuuulalaaaaa) :
  • bouffées délirantes polymorphes
  • réactions pseudo-maniaques
  • accès psychotiques shizophréniformes

 

Mais il ne faut pas s'inquiéter pour autant, le Syndrome disparait miraculeusement lors du retour à la civilisation, ne laissant que les bons souvenirs. OUF !

Bonus : lien vers la thèse en question

jeudi 23 avril 2015

Plein de trucs : partie 1/2


Voilà un petit moment que je n'avais pas publié. Ce n'est pas encore le syndrome d'hivernage qui en est la cause, fort heureusement. Bien au contraire, les projets se multiplient et les journées sont bien remplies. Je vais donc faire un petit résumé de ce qu'il s'est passé depuis un peu plus d'un mois, et si les nouvelles ne sont pas très fraîches du point de vue de la date, elle le sont du moins par la température.

Soirée tropicale


Le soleil commençant à se faire rare, une petite équipe dont je fais partie a décidé de lancer un projet secret visant à amener un peu de chaleur tropicale synthétique dans cet endroit qui en manque cruellement. Quelques chiffres : 3 semaines de préparation, 8 heures passées en cuisine à fabriquer samoussas et bouchons, 15m² de cartons et  6 litres de peinture utilisés pour les décors.













Pâques


Les cloches de Pâques ont réussi à trouver le chemin jusque chez nous, avec comme il se doit, leur cargaison de chocolat. Nous avons eu le droit à une chasse aux œufs orchestrée par Yann notre pâteux, qui a travaillé pendant des semaines sur l’événement en fabriquant une telle quantité de chocolats qu'il en reste encore à l'heure où j'écris (certes, pas beaucoup). Depuis ma plus tendre enfance, j'ai toujours été particulièrement mauvais en terme de chasse aux œufs, et ce n'est pas sans amertume que je constate être toujours aussi handicapé dans le domaine à l'approche de mes 26 ans : je suis en effet arrivé bon dernier de la base.
Répartis par équipes de 2, chaque binôme s'est vu recevoir une énigme devant le guider vers un lieu de la base où se trouve pour chacun un œuf en chocolat. Je fais équipe avec Bertrand sur ce coup là.



L'astuce consistait à ne prendre que la première lettre de chaque mot pour trouver le lieu : en l'occurence "Bureau Glacio". Mauvaise digestion ? Manque de sommeil ? Combinaison des deux ? on ne sait pas trop, mais un phénomène fait que ni Bertrand ni moi ne percutons. Finalement, 10 minutes après que chaque binôme se soit élancé vers son lieu respectif (et la plupart déjà revenu), nous comprenons la subtilité du message et bondissons avec empressement vers le bureau glacio.

Là, je ne saurais pas dire combien de temps nous avons passé à rechercher ces satanés oeufs, mais il est ridiculement long. Après avoir fouillé chaque tiroir et chaque recoin d'étagère, regardé derrière chaque porte, ouvert chaque sac et chaque carton, impossible de mettre la main sur l'oeuf. On demande des précisions aux organisateurs. Pas d'erreur : l’œuf est bien dans la pièce même, tout proche mais pourtant inatteignable. Reprise des recherches de plus belle, passage de la pièce avec nombre de peignes fins... Et soudain, miracle inespéré : l'Oeuf. Caché en évidence sur l'ordinateur.



A l'intérieur de l’œuf se trouvaient encore quelques confiseries aux durées de vie étrangement courtes, et un proverbe chinois (?): "On ne peut pas marcher en regardant les étoiles quand on a une pierre dans son soulier"...



Les premiers de la course ont eu le droit de se partager un trophée, qu'en connaissance de cause je n'espérais de toute façon pas remporter.



Ne vous éloignez pas trop de vos postes, car dans la deuxième partie de cet article nous parlerons de banquise, de la mer, et aussi de manchots.

samedi 4 avril 2015

Aurores #1



-Hé les gars ! Y'a une ****** d'aurore dehors !
C'était devenu la blague récurrente du moment, et à force plus personne ne daignait réagir. Il faut dire qu'elles se sont fait attendre ces aurores. Alors pendant toute la première moitié du mois de Mars, malgré l'épais mur de neige qui nous empêchait de voir à plus de 10 m il était de rigueur de scander cette phrase à l'assistance sitôt entré dans un bâtiment, et ce pour observer, au bout de quelques secondes, les mines renfrognées de ceux qui réalisaient s'être fait berner.

Sauf qu'à l'instar du garçon qui criait au loup, ça a fini par se produire pour de vrai.

Bon. Il faut que je sois honnête alors je vais allègrement briser un mythe : les photos d'aurores vert fluo c'est de l'arnaque. Voilà c'est dit. En vérité la première fois qu'on tombe sur une aurore on se demande un peu ce que c'est; ça ressemble à un nuage grisâtre éclairé depuis le sol, sauf que si on le regarde plusieurs secondes on le voit bouger de façon pas naturelle, je veux dire pas naturelle pour un nuage. Au bout de quelques minutes d'attente pour s'habituer au noir, on arrive tout de même à distinguer une vague couleur verdâtre caractéristique (sachant qu'il faut attendre environ 1/2 heure pour atteindre la sensibilité maximum en vision scotopique (ie. dans l'obscurité) : une histoire de bâtonnets sur la rétine et de molécules de rhodopsine. Les bâtonnets, s'ils sont très sensibles à la lumière, ne permettent pas de bien distinguer les couleurs).

Voici une simulation assez fidèle de la différence entre la réalité et la photographie :


Attention, n'allez pas mal interpréter ce que je dis, une aurore reste un spectacle magnifique. Celle-ci fendait le ciel de part en part on ondulant lentement tel un gigantesque rideau de douche céleste, et ça aurait été un vrai plaisir de rester plus longtemps dehors à faire des photos s'il n'avait pas fait -20°C et que je ne sentais plus mes doigts.






samedi 14 mars 2015

Manip Glacio

Une fois n'est pas coutume, j'ai encore battu mon record de sud. Car pour la première fois, j'ai foulé le sol du continent Antarctique, le grand désert blanc qui ne s'arrête pas.  Celui qui me narguait depuis près de deux mois, où depuis notre île, il tentait régulièrement de se faire oublier en se confondant avec les nuages. Outre battre des records personnels, le but de ma venue sur le continent est en premier lieu servir la noble cause scientifique, en participant à la manip' glacio.



Pour faire une manip glacio, il vous faudra tout d'abord trouver... un glacio. On reconnait facilement un glacio à ses attributs caractéristiques : de longs cheveux noirs et une barbe idoine. C’est le luxe : nous en avons deux exemplaires sur la base. Pour des raisons pratiques et pour pouvoir les distinguer nous les appelons respectivement Stéphane et Guillaume. Tous les mois, nos deux valeureux glaciologues vont faire des relevés sur la calotte glaciaire afin de suivre son évolution. J'ai donc eu l'honneur de suivre Guillaume en tant que larbin assistant technique.
Pour faire les 5 km jusqu'à la base Prud'homme sur le continent, rien ne vaut l'hélico. Fabien, le pilote, sera aussi l'assistant technique de Stéphane pour la manip.




Arrivés à Prud'homme, il faut maintenant grimper sur la calotte : un immense bloc de glace bleue complètement lisse. Impossible de faire deux pas sur la glace vive sans chausser de solides crampons : le continent vous refoulera en bas de la pente sans aucun scrupule, vous ou tout autre objet que vous poserez par terre. A chaque pas, les crampons arrachent une multitude de petits bris de glaçons qui aussitôt entreprennent de descendre doucement la pente en une cascade continue. Un petit bruit de bâton de pluie cristallin accompagne notre ascension.
La manip' consiste à mesurer la longueur émergée de tubes plantés profondément dans la glace et disposés sur une quarantaine de sites. Pendant que l'un mesure, l'autre note les valeurs dans un calepin.




On profite de la hauteur pour admirer la vue qui s'étale au loin. On peut voir une très mince bande de mer au loin vers l'ouest, qui se rapprochera rapidement les jours suivants par la force de la houle. La base Prud'homme est cachée en contrebas.





En bonus, voici les traditionnelles photos de mission de la TA65.










lundi 23 février 2015

SkuaRock

20:33.Quelques personnes assises autour d'un touret. Comme tous les vendredis soirs, les même gestes se répètent. Chacun ajuste son micro, vérifie le retour dans le casque, griffonne éventuellement quelques notes de dernière minute sur un papier. Quelques potars se tournent et des boutons s'enfoncent. Le silence s'installe.

20:35. Soudain, le signe "ON AIR" s'illumine accompagné d'un faible grésillement. Un déferlement d'ondes s'échappe aussitôt de l'émetteur, transperce les murs d'acier du bâtiment, passe à travers le blizzard et la neige, se faufile consciencieusement entre les rochers et les manchots, pour se répandre bien au delà de l'île des Pétrels et sur tout notre petit bout de continent. Dans chaque foyer environnant la voix douce et feutrée de l'animateur radio nous salue par le truchement du poste TSF, apportant chaleur et réconfort tandis que dehors souffle la tempête impitoyable. SkuaRock, la radio la plus écoutée après Rire et Glaçons, nous aura encore concocté une de ses émissions dont elle a le secret, pour le plus grand plaisir de nos oreilles ébahies.




Si je raconte toutes ces âneries, c'est en fait pour vous parler de la Dédiskuarock, qui est certainement le moment le plus attendu (et redouté!) de l'émission. Cela consiste à ce que vous, chers lecteurs, vous envoyiez à la radio une dédicace à destination de qui vous voudrez sur la base : c'est à dire un petit mot accompagné éventuellement d'une musique évoquant souvenirs enfouis et moments de franche camaraderie.

Je copie-colle les instructions pour que tout soit clair :
Il y a 3 choses à écrire dans un mail envoyé à SkuaRock (skuarock@ddu.ipev.fr)
  • Dans le sujet du mail: Dédicace à ...
  • Le titre et l'artiste de la chanson
  • Le message/anecdote à faire passer ou à diffuser si c'est un message vocal
Petite mise en garde, il n'y aura aucune censure et tous les « Pour toi
mon choupinou d'amour » seront retranscrits tel quel à travers le micro,
la team Skuarock s'en porte garant.

samedi 21 février 2015

Banquise #1

Quand on le possède et qu'il est clément - je parle du temps - c'est que le moment est tout indiqué pour faire une promenade digestive sur la banquise. Voici donc la première série de photos issues de ces balades.



Il faut distinguer dans le paysage la banquise proprement dite des bergs qui se faufilent dans les parages. La banquise est de l'eau de mer gelée tandis que les bergs sont des morceaux de glaciers détachés du continents (donc faits de neige très très tassée) après quelques milliers d'années de voyage et autant de kilomètres, à un troupeau de vaches près. Cette différence de nature est très pratique si vous n'êtes pas sûr d'être en face d'un morceau de banquise ou d'un iceberg : il suffit de le lécher pour être fixé, seule la banquise aura ce petit goût salé caractéristique.



Quelques icebergs des environs sont échoués et s'occupent en faisant partie du paysage. Alors en attendant qu'ils fondent, se retournent et cassent tout, on leur donne des petits noms affectueux tels que Chou-fleur, Dragon ou Cinéberg.


Outre les jolis paysages torturés, les promenades offrent aussi l'occasion de rencontrer divers animaux passionnants tels que des manchots Adélie, des manchots Empereurs (actuellement en rupture de stock, il faut attendre la saison), d'autres oiseaux qui eux savent voler, des phoques de Weddell, ou bien des congénères humains.







Enfin selon l'heure de la promenade, le soleil darde la banquise de couleurs variables qui viennent complètement modifier l'atmosphère des lieux.




Le bonus d'aujourd'hui est un panorama à 360 projeté sous forme de petite planète. C'est pas très visualisable mais ça a le mérite d'être rigolo, alors on se prive pas.